« Pour qu’il y ait de l’action, il faut du danger », affirmait Howard Hawks, qui en connaissait un rayon sur la dramaturgie d’un film. Cette règle simple s’applique au film Hi-Jack stories du réalisateur sud-africain Olivier Schmitt. Dans ce film, Sox, le héros connaît un clivage comparable à Omar Epps dans Gangsta cop. En effet, le temps d’une mission risquée, il change d’identité et devient gangster pour parfaitement endosser ce rôle dans une future série télévisée. Alors que devenu présentateur vedette d’une chaîne branchée, il avait réussi avec brio à quitter la misère des bidonvilles. Pourtant, le prétexte ironique qui le ramène dans le quartier de son enfance est de se préparer à la réussite d’une audition qui lui ouvrira de nouveaux horizons professionnels. Le mot Hi-Jack, dont est tiré le titre du film, signifie « braquage » dans l’argot du ghetto. Or, l’art du braquage est délicat et réservé aux initiés. Sox entame donc un stage en immersion complète pour mieux appréhender le style gangster, c’est-à-dire paraître irritable, hargneux et devenir un vrai maniaque de la gâchette. Le plus troublant est que ces gangsters eux-mêmes s’inspirent des icônes du cinéma d’action américain en les imitant à la perfection. Les toutes premières tentatives de Sox montrent ses difficultés à saisir quelques leçons de base, l’élève peine, mais passe à la vitesse supérieure et se laisse prendre au jeu. Ainsi, les courses-poursuites abondent, elles contribuent plus à exciter le spectateur qu’à l’émouvoir. Toutefois, le propos tend à humaniser ces jeunes malfrats. Leurs crimes s’accompagnent de revendications « néo-marxistes » fondées sur la dénonciation de criantes disparités sociales. Le film montre avec soin l’envers du décor ; les Soweto Boys ont la dent dure contre la Rainbow Coalition, symbole fallacieux d’une Afrique du Sud nouvelle, égalitaire et pluriethnique. Ces exclus de la société post-apartheid s’enfoncent dans des conduites extrêmes : alcoolisme, vols répétitifs érigés en actes héroïques, comportements sexuels à risque… Le contraste entre les deux univers, beaux quartiers et ghettos est souligné en quelques plans saisissants. La retraite de la grande figure paternelle incarnée par Mandela ne laisse que de l’amertume chez ces enfants de Soweto. Notons que le film atteint des standards de qualité qui lui permettent de concurrencer les productions américaines équivalentes dont il s’inspire, d’ailleurs ouvertement. On lui reconnaîtra en plus un certain charme local. L’interprétation des comédiens est très convaincante. On regrette à vrai dire la rareté des films sud-africains sur nos écrans, tant Hi-Jack stories a su nous subjuguer. Tout est superbement filmé, les qualités de cette série B sont les ressources du scénario, l’intensité de la photo et l’efficacité du montage. L’oraison funèbre qui accompagne à la fin l’enterrement de l’un des protagonistes souligne avec acuité que l’Afrique du Sud actuelle entraîne chez ses habitants les plus désoeuvrés une souffrance incurable que le « nouvel ordre » politique n’a pas su abolir. Cette question en filigrane marque le film d’une dimension existentielle touchante.
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