Les choix que fait Owel Albert Brown dans son premier film sont dictés par ses goûts éclectiques, ses intentions multiples et des moyens financiers modestes.
En faisant du cinéma son métier, il entendait aussi accomplir une œuvre à part entière. Il s’est dès le début aperçu que sa condition lui imposait un terrain précis, que son histoire personnelle lui indiquait une voie, qu’il lui fallait manifester un cinéma noir à l’échelle hexagonale, reprendre à son avantage un héritage personnel multiple et le faire fructifier. Autrement dit, Owel Albert Brown veut se reconnaître sur grand écran tout en se plaçant dans une perspective universelle. Parce que la conscience de soi n’est pas un signe de fermeture à la communication…
La dimension africaine-européenne n’est qu’un aspect de son cinéma, qu’on retienne aussi que sur le plan du style, Owell .Albert. Brown mixe plusieurs composantes. Ce premier film est structurellement rap et groovy. Brown travaille intentionnellement la musicalité du montage. Il exploite plusieurs rythmes, expérimente plusieurs vitesses. C’est un film élaboré pour être écouté les yeux fermés, avec autant de plaisir que regardé…
Certains auraient voulu sans doute que O.A.B propose un énième film facile à regarder, heureusement le cinéaste a opté pour le contre-pied. Comédie, drame, polar, No way est peut-être tout ceci à la fois. Il est évident que ce film revendique un certain atypisme, contrairement à ce que suggère l’intrigue, conventionnelle de prime abord.
JD, le « héros » s’aperçoit que cinq ans de prison ont défait le système quasi mafieux qu’il avait mis en place. L’ancien big boss est devenu un simple exécutant, un très très modeste employé de vidéo club. Sans ressources, sans réactions apparentes, désabusé, JD va t’il se montrer assez caïd pour reconquérir son ancienne position ?
Bien que No way entre dans la catégorie des films indépendants (on ne peut guère faire plus indépendant), le manque de moyens ne se fait pas sentir. La photographie est stupéfiante. Les décors s’inscrivent dans un Paris que rarement nous avons vu aussi bien filmé.
On s’étonnera ici ou là qu’Owel Albert Brown au lieu de montrer une vision complète de la société française actuelle, s’attarde plutôt sur quelques-uns de ses représentants. Le caractère ethnique mais non communautariste est dû à la distribution qui fait la part belle aux meilleurs comédiens d’origine antillaise et africaine en exercice. Puissiez-vous ne jamais oublier le charisme et la prestation de chacun d’eux. Ces excellents solistes ont mis en valeur la partition cinématographique imaginée par Owel Albert Brown.
En outrepassant les réserves des uns et les difficultés matérielles de toutes sortes, le réalisateur s’efforce semble t’il, de montrer un chemin. Owel Albert Brown tente de réorienter les thèmes, les formes, la tonalité du cinéma urbain de série B qu’on désigne en termes réducteurs de cinéma de banlieue.
Ce n’est pas le succès de No way qui donnera une validité à cette démarche, mais les succès de plusieurs films avec des intentions comparables.
Avec No way, Owel Albert Brown entend s’imposer sans scandale ni impatience dans le cinéma français et provoquer une mutation durable. Parce que la dynamique des formes qu’il expérimente liées à la musique et au choix des comédiens concoure à promouvoir d’autres modèles à approfondir.
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